Raison et sentiments.
- BibleBelgique

- 7 mars 2022
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 mars 2022
Entre le livre des Juges et ceux de Samuel, le court récit de Ruth constitue une pause pleine de fraicheur. Il est consacré aux ancêtres du Roi David : Booz, homme de la tribu de Juda, et Ruth, femme étrangère venue du pays de Moab.
L’histoire se déroule en quatre actes. Le premier raconte le dévouement de Ruth envers Noémi, sa belle-mère, toutes les deux sont veuves. Le deuxième, situé au temps de la moisson, s’attache à la rencontre entre Ruth et Booz, riche agriculteur et parent de Noémi. Le troisième décrit la nuit que Ruth passe sur l’aire de battage aux pieds de Booz. Le quatrième relate leur mariage, rendu possible par le désistement de l’homme qui -selon la loi de Moïse- aurait dû épouser Ruth. De leur union nait Obed, grand-père de David.
Hormis le début en pays de Moab, tout se passe à Bethléem, village du territoire de Juda. Nous admirons la fidélité de Ruth envers Noémi et la délicatesse de l’amour qui s’éveille entre Booz et Ruth. Le style est lumineux, avec en hébreu de subtils jeux de langage. Il est au service d’une intrigue où la vie triomphe : la filiation des générations, arrêtée au début par la mort des maris, reprend à la fin avec la naissance d’Obed.

Dieu intervient peu. Il laisse agir les personnages. On le devine heureux devant tant de loyauté, de souci de l’autre et d’actes responsables. L’attitude de Ruth et l’accueil qui lui est fait tranchent avec la réputation de Moab, peuple ennemi d’Israël (Juges 3.12-30).
Quand le récit a-t-il été composé ? Difficile à dire. Certains parlent du huitième siècle, d’autres du cinquième siècle à un moment où les mariages entre juifs et étrangères étaient interdits. Or David, le roi modèle, a pour aïeul un Juif généreux qui avait laissé une étrangère glaner des épis pour plus démunie qu’elle !
Dans le judaïsme, le livre est lu à la Pentecôte (la fête des moissons). Pour le christianisme, Ruth est l’une des quatre femmes nommées parmi les ancêtres du Christ (Matthieu 1.5), lequel naitra à Bethléem. L’histoire est exemplaire : aucun malheur n’est fatal, il y a un avenir pour qui se bat contre le sort et place l’autre avant soi-même. Aujourd’hui encore, elle peut nourrir notre espérance -ce que Victor Hugo évoque dans un des plus beaux poèmes de la langue française, Booz endormi (1859).
La loi de Moïse tient une grande place dans le livre. En suivant librement Noémi, Ruth s’y soumet et devient solidaire de sa belle-mère. Booz, qui nourrit Ruth en laissant tomber des épis rappelle le Seigneur qui faisait tomber la manne. De plus, de même que le Seigneur a installé son peuple en terre promise, ainsi Booz envisage-t-il le mariage. Par ailleurs, en Lévitique 25 on appelle racheteur (goël en hébreu) celui qui doit protéger un proche parent sans ressources qui a vendu ses biens. Booz endosse ce rôle quand l’autre personne prioritaire se désiste. En lui, comme avec le Seigneur, la bonté va de pair avec le droit, garant de l’équilibre de la société.

'Booz ne savait point qu’une femme était la, et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle. Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle, les souffles de la nuit flottaient sur Galgala. L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle, les anges y volaient sans doute obscurément, car on voyait passer dans la nuit, par moment, quelque chose de bleu qui paraissait une aile.'
Victor Hugo, Booz endormi (extrait)




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