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Pour une justice climatique [centrée en Dieu].

  • Photo du rédacteur: BibleBelgique
    BibleBelgique
  • 14 juil. 2023
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 juil. 2023

Dans un contexte de crise écologique et d’accentuation des inégalités, nombreuses sont les injonctions à s’engager pour un monde plus juste et durable. Comment dès lors formuler un plaidoyer pour une justice climatique qui reviendrait sur son sens spirituel, en proposant une démarche d’engagement individuel, pour que fondamentalement il s’agisse d’une invitation à vivre cet engagement pour une justice climatique comme un chemin de libération et d’appel au service à la suite du Christ, dans un élan profond de reconnaissance. L’injustice climatique est inscrite dans l’histoire de chacun. Nous habitons dans un pays où, comme tant d’autres, le développement s’est fait via l’exploitation de ressources non-renouvelables et fortement émettrices de gaz à effet de serre, ressources fossiles et minérales. De nombreux écosystèmes et nombreux peuples ont été pollués, plombés, outrageusement exploités, abimés, malmenés, détruits, et tout ça pour la production de commodités à faible valeur ajoutée. A cette injustice économique et sociale, gravée dans notre histoire collective vient donc désormais s’ajouter l’injustice climatique.



Et nous, dans nos pays par ici ? Constat est fait que nous sommes encore relativement épargnés par un cadre régulé, des normes, peut-être même sommes-nous ainsi privilégiés, pourrait-on dire. La pollution industrielle et agricole dans des pays où les normes environnementales sont moins contraignantes rend invisibles les importantes pollutions de l’air, de l’eau, des sols générés par notre propre consommation. Malgré les tentatives d’amélioration des pratiques de production et de commercialisation des entreprises, quel bien ou service consommé plus au Nord peut se revendiquer n’être porteur d’aucune injustice climatique ? Au quotidien, le sillon se creuse, et nos actions renforcent cette injustice.


Une fois ce constat posé, nous sommes en droit de nous interroger : pourquoi ne sommes-nous pas tous des militants actifs pour la justice climatique, prêts à engager notre temps et notre énergie face à ce défi ? Pourquoi cette parole ‘tu aimeras ton prochain comme toi-même’ (Romains 13.8-10) ne fait-elle pas se lever les chrétiens à travers le monde à propos du climat, prêts à aimer pratiquement la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement avec Dieu (Michée 6.8) ?


En vrai, une série de mécanismes incite chacun à regarder ailleurs, malgré tout. D’abord, la pratique de la comparaison empoisonnée : à force de suivre la tendance largement exacerbée par la publicité et la com et regarder sans cesse à celui ou celle qui a plus, quel que soit le référentiel (argent, likes, charisme, force, compétence et succès) nous cultivons l’insatisfaction et cherchons à combler d’autres désirs que ceux de justice et de paix. A quoi, à quoi je me compare ? Quelles sont mes références, mes sources d’inspiration ?

Ensuite le divertissement, lorsqu’il est devenu échappatoire : le temps passé devant les séries, les jeux, les loisirs est motivé par une forme de fuite et nous déconnecte de notre réalité et des possibilités d’agir là où nous sommes implantés. Qu’est-ce qui me fait fuir ma réalité ?


L’emprisonnement de la peur : quand l’omniprésence du danger, relayée sur les réseaux sociaux et par les médias nous paralyse ou nous fonde dans une crainte surréaliste, ou quand la chape de la fatalité nous écrase d’un sentiment d’impuissance face une issue finale qui nous apparait indénouable au point que toute action personnelle semble dérisoire, quand c’est plus simple de penser que ce combat pour la justice climatique doit être du coup porté par d’autre que nous, les activistes, la prochaine génération en colère. A qui délègue-t-on notre propre responsabilité, alors ? En qui place-t-on notre espérance ? Ne s’agit-il pas là au fond d’une merveilleuse opportunité de se recentrer en Dieu ?


Le point de départ consisterait à reconnaitre la réalité de notre participation à l’injustice climatique, dire à Dieu notre désarroi face aux conséquences de nos modes de vie, exprimer notre honte des conséquences que l’on impose, même involontairement à notre prochain, laisser monter la peine liée à l’injustice climatique, aux drames ordinaires et à l’impunité éhontée. Et même si nous sommes les seuls auteurs de cette injustice, n’est-il pas important de reconnaitre notre part de responsabilité, et ainsi déposer dans la prière nos freins à l’action, nos dénis, nos peurs, nos visions erronées, nos certitudes ampoulées ? Et demander pardon ?



Assurés que Dieu écoute notre prière et certains de son amour, nous pourrions ensuite recevoir la grâce d’être pardonnés pour les conséquences de nos actions sur notre prochain et sur la création, dans notre histoire, notre présent, et même dans les temps à venir. Oui, Dieu pardonne entièrement, il lève la culpabilité larvée, et nous invite à fonder nos perspectives, notre liberté et notre confiance en Lui.


‘si alors mon peuple, le peuple qui porte mon nom, fait preuve d'humilité et prie, si les Israélites me recherchent en renonçant à leur mauvaise conduite, moi, dans les cieux, je serai attentif, je pardonnerai leur péché et je guérirai leur pays.’ [2 Chroniques 7.14, NFC]


Le Dieu de justice tient toute chose en sa main, et cet élan de se recentrer en lui vécu intérieurement fondent notre espérance, même dans contexte angoissant de crise écologique et d’injustice climatique. Cet élan peut produire de beaux fruits dans notre relation à ce qui est autre que nous, aux êtres vivants, notre cœur se transforme et quelque chose y bouge car on se sait racheté, appelés à servir concrètement pour aller partout dans le monde et porter une bonne nouvelle d’espérance et de persévérance à toute la création. Ce recentrage en Dieu peut réellement nous donner à vivre concrètement le mandat donné au jardin, et ainsi réapprendre à le cultiver, le garder (Genèse 2.15), et ça c’est un appel concret et actif à devenir artisans de paix et de justice dans ce contexte.


Apprendre et comprendre, prioriser et réduire, discerner : un des trésors que nous offre la vie chrétienne est l’invitation à la prière. S’adresser à Dieu pour lui soumettre nos besoins et désirs, et le laisser inspirer nos pensées. Avant le passage à l’action, sage est le croyant qui confie à Dieu ses différentes opportunités d’actions individuelles et d’engagement collectif en faveur de la justice climatique, confiant que c’est le chemin auquel il est appelé, il y trouvera marques, balises, repères. Et inspiration.


En vrai, Dieu nous donne à chacun d’être acteur de cette justice climatique, non pour nous sauver personnellement ou nous en laver les mains, non forcément pour proposer une nouvelle réponse aux défis de la dérégulation climatique et de l’accentuation des inégalités, mais bien pour répondre à l’appel premier de Jésus, et ainsi proclamer que lui seul est notre fondement d’espérance.


‘Heureux ceux qui ont faim et soif d'un monde juste, car ils seront comblés !’ [Matthieu 5.6, NFC]

© Marine Vandeventer, administratrice de A Rocha France et membre de la commission ‘Ecologie et justice climatique de la Fédération protestante de France.

'A qui délègue-t-on notre propre responsabilité, alors ? En qui place-t-on notre espérance ? Ne s’agit-il pas là au fond d’une merveilleuse opportunité de se recentrer en Dieu ?

 
 
 

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