La plus-que-vive.
- BibleBelgique

- 7 avr. 2023
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Dernière mise à jour : 11 avr. 2023
De nos jours, où vivre la rencontre ? D’où part le chemin vers ces sources qui irriguent nos vies à tous ? Au puits ou ailleurs, qu’elle soit amoureuse, amicale ou spirituelle, la rencontre nous révèle aussi bien l’autre que nous-mêmes. Observons le lieu de la rencontre et son contexte : la dernière rencontre dans la Bible est celle de Jésus et de la Samaritaine. Elle nous est peut-être plus familière. C’est un récit très long qui, tout en gardant quelques caractéristiques des rencontres que l’on trouve dans l’Ancien Testament, est différent de celles-ci. Où il est question de tendre l’oreille à la source d’eau vive, et de s’y laisser transformer par l’émerveillement de la rencontre.
Jésus est en voyage et, traversant la Samarie, il s’assoit près d’un puits en plein midi. Ses disciples vont à la ville chercher de la nourriture et, pendant ce temps-là, une femme arrive pour puiser de l’eau. En pleine chaleur, ce n’est pas du tout habituel.
On pense donc qu’elle cherchait à être seule. Mais Jésus est là et il engage le dialogue, en lui demandant à boire. Elle s’étonne qu’un Juif demande à boire à une Samaritaine, et la conversation continue sans qu’elle n’ait encore puisé la moindre goutte d’eau. C’est alors que Jésus lui propose de lui donner lui-même à boire. Mais la femme s’étonne : « Seigneur, tu n’as pas de seau et le puits est profond. D’où aurais-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre ancêtre Jacob, qui nous a donné ce puits et qui a lui-même bu de son eau, ainsi que ses fils et se troupeaux ? » Jésus lui répond : « Toute personne qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4.11-14).

La question de la femme et cette réponse de Jésus nous mettent sur la piste d’un sens très différent des textes de l’Ancien Testament. Peut-être cet homme est-il plus grand que Jacob ? Et si l’eau peut jaillir en vie éternelle, alors de quelle eau s’agit-il ? Mais la femme pense toujours qu’il s’agit de l’eau matérielle du puits et elle veut bien la recevoir pour ne plus avoir à faire la « corvée d’eau » quotidienne. Alors Jésus lui demande d’appeler son mari. Elle avoue qu’elle en a eu cinq et que celui qu’elle a maintenant n’est pas son mari. Cela, Jésus le savait, lui qui lit dans les cœurs. Il connaît déjà la vie intime de cette femme. Lorsqu’elle s’en aperçoit, elle comprend que cet homme n’est pas ordinaire, mais qu’il est un prophète*. Elle lui pose alors des questions sur le lieu où il faut se rendre pour adorer Dieu et sur le Messie qui doit venir.
À ce moment-là, Jésus lui dévoile son identité messianique. « La femme lui dit : “Je sais que le Messie, c’est-à-dire le Christ, va venir. Quand il viendra, il nous enseignera toutes choses”. Jésus lui répondit : “Je le suis, moi qui te parle” » (Jean 4.25-26). Cette révélation la pousse à courir à la ville pour annoncer la nouvelle aux habitants qui viennent à leur tour rencontrer Jésus. Ils croient et s’exclament : « Nous savons qu’il est vraiment le sauveur du monde » (Jean 4.42).
Tout d’abord, nous voyons que Jésus est en voyage et qu’il passe par un territoire étranger. C’est aussi le cas d’Éliézer, de Jacob et de Moïse. La ville où il s’arrête est située sur une terre que Jacob a donnée à son fils Joseph. La mention de Jacob n’est pas neutre, ni celle de Joseph puisqu’il est le premier fils de Rachel. Nous avons donc une allusion directe et claire au récit de Genèse 29. Cette allusion veut montrer le lien entre toutes ces rencontres au puits, y compris cette rencontre avec la Samaritaine qui sort pourtant du cadre habituel. Le deuxième point important est que Jésus s’assoit près du puits, se comportant donc comme Moïse. De plus, ce puits, comme pour Rébecca et pour Agar, est nommé 'la source'.
Dans ce texte, un premier changement majeur se manifeste en ce que Jésus n’a pas l’intention de tirer de l’eau pour aider la Samaritaine, comme l’ont fait Jacob et Moïse. Au contraire, il lui propose une eau d’un autre type. Une deuxième différence se trouve dans le fait que le dialogue et le récit ici sont beaucoup plus développés. Nous quittons donc le schéma traditionnel.
Certes, on parle encore de mariage (cette femme a eu cinq maris), mais Jésus se sert de ce symbolisme conjugal pour réveiller cette femme à son véritable désir. Enfin, la femme découvre que cet homme est le Messie et le « Sauveur du monde », ce qui rejoint encore Moïse qui avait « sauvé » les filles des mauvais bergers.
Tout l’enjeu de cette rencontre avec la Samaritaine est précisément de lui faire comprendre que, si l’eau matérielle est nécessaire à sa vie corporelle, et même indispensable, l’eau spirituelle (la Parole de Dieu*, l’Esprit saint) est tout aussi vitale pour son âme. Cette eau spirituelle n’est pas l’eau dormante au fond d’un puits, mais l’eau vive : « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé de l’eau et il t’aurait donné de l’eau vive » (Jean 4.10). Le but de cette vie en Jésus sera donc de boire à la Parole divine, autrement dit la Bible, et de recevoir l’Esprit afin de pouvoir un jour devenir soi-même un puits d’eau vive, ou plutôt une source, comme il le dira quelques chapitres plus loin : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi.

Comme dit l’Écriture*, “des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur”. Jésus disait cela à propos de l’Esprit de Dieu que ceux qui croyaient en lui allaient recevoir » (Jean 7.37-39). C’est ce qu’a fait la Samaritaine en quelque sorte. En écoutant les paroles de Jésus, elle boit à l’eau vive et reçoit le « don de Dieu ».
Ce don pénètre en elle et des fleuves jaillissent de son cœur tandis qu’elle témoigne aux villageois que Jésus est le Christ. Elle a bien reçu la source de vie, c’est-à-dire l’Esprit de Dieu, et cela va radicalement changer son existence, comme une rencontre amoureuse change la vie d’une personne.
Certains Pères de l’Église* voient dans cette femme l’image de celle qui vient épouser le Christ près du puits, symbole du baptême. Elle serait ainsi devenue le symbole de l’Église-épouse.
La source d’eau dans la Bible et dans les traditions juive et chrétienne est à la fois le symbole de la Torah, de la Parole divine, voire de Dieu lui-même et aussi de l’Esprit saint. Un aphorisme du Talmud* dit : « Elle est donnée comme une source, un océan, qui ne tarit pas ». Et si la Parole de Dieu est une source vive qui jaillit, alors elle est encore symbole de l’Esprit saint, qui est donné à profusion. Selon le prophète Jérémie, la source d’eau vive est tout simplement Dieu lui-même : « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jérémie 2.13). De même, trouve-t-on dans le livre du prophète Ésaïe (ou Isaïe) : « Vous puiserez les eaux aux sources du salut » (Ésaïe 12.3). Un tropaire (type de chant) de la liturgie byzantine des chrétiens d’Orient confirme cette interprétation. Il parle de la Samaritaine en ces termes : « Illuminée par le Saint-Esprit, Ô Toute Glorieuse, Tu as bu l’eau du salut du Christ Sauveur. De ta main ouverte, tu en donnes à ceux qui ont soif. »
Ainsi, l’eau n’est plus exactement celle que l’on boit, mais elle représente l’eau du salut, l’eau du Christ qui sauve. L’eau vers laquelle l’âme de celui qui est assoiffé de Dieu ou du Christ se tourne.

Un midrash dit que le dernier rédempteur fera jaillir l’eau comme le premier rédempteur : Moïse avait fait jaillir l’eau du puits, le Messie est celui qui donnera l’eau vive. C’est ce que fait précisément Jésus dans l’Évangile.
Comment pouvons-nous conclure ? Évoquons quelques pistes. Alors que le puits contient plutôt de l’eau stagnante, la source quant à elle fait jaillir une eau vive. Si les deux termes sont indiqués dans le texte biblique, ce n’est certainement pas sans raison. L’eau du puits doit toujours provenir de la source. Si la source est Dieu, ou l’Esprit, alors celle-ci est indispensable pour nous donner la vie et nous avons besoin d’y être reliés. L’eau est aussi symbole de fécondité. Aucun fruit de la nature ne peut advenir à maturité sans eau. D’ailleurs, l’eau est présente dès le début de la création : le texte biblique de la Genèse n’énonce-t-il pas que l’Esprit de Dieu planait sur les eaux ? Or, la femme, tout comme l’eau, est féconde. Pourtant, une femme seule ne peut donner la vie, elle doit vivre des épousailles : que ces épousailles soient humaines ou spirituelles, elles sont nécessaires pour qu’elle porte du fruit. La femme ne symboliserait-elle pas, par excellence, celle qui porte l’Esprit ? Celle qui purifie son cœur pour accueillir le don de Dieu ? Celle qui accueille la fécondité que Dieu donne ?
L’eau également est symbole de la purification : elle lave, elle régénère. C’est dans l’eau que l’on naît et c’est dans l’eau que l’on renaît. L’eau est un symbole fort de cette vivification, de cette nouvelle création.





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