Edito.
- vincent beckers-smetana

- 10 févr. 2021
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 avr. 2021
Ce qui est très étrange avec les gnocchi, c’est que le trajet de transformation de ces petits nœuds délicieux est insoupçonné, et la chose insoupçonnée qui fait surprise ici, c’est la pomme de terre. Pas de gnocchi en vrai sans de vraies pommes de terre. Parce que normalement, pour faire des pâtes on ne démarre pas en épluchant des patates. Et là oui. Qu’on écrase finement sans les écrabouiller, qu’on mêle ensuite à la farine, qu’on travaille pour donner corps, qu’on affine en petits lacets gracieux, qu’on sectionne ensuite en petits fragments rigolos, et le secret sera ce furtif geste du pouce, qui trace une petite cavité, pour le goût de ce qui suivra. Qui, comment, shhht !, à chacun d’affiner son élan. J’aime les préparer avec beurre et sauge et poivre noir, ils sont savoureux mêlés d’un pesto vert ou de petites tomates charnues, saupoudrés de caciocavallo ou de chèvre mature finement râpé. Soit, ainsi soient-ils.

Si l’on pouvait quitter l’idée normée des choses, de ce qui normalement se fait, sans les surprises ou le goût inattendu de ce que l’on vit, que nous arriverait-il ? Rien n’est plus comme avant, disent en ce moment les gens autour de moi et autour de vous. On ne veut pas de ça, en fait. Et je pense aux prophètes, dont on ne voulait pas. Ou plus exactement, on ne voulait pas de là où ils voulaient nous emmener.
‘Toi, humain, je te nomme guetteur pour la maison d'Israël. Tu écouteras la parole de ma bouche et tu les avertiras de ma part.’ Ezekiel 33.7, NBS
Si les prophètes ont toujours leur regard tourné vers l’avenir, ils sont insérés dans le présent, et leurs interventions engagées touchent le hic et nunc. Et nous, du coup ? Sommes-nous vraiment insérés dans la réalité de notre présent, attentifs aux bouleversements, non pour les évacuer mais pour les affronter ? Peut-on prendre conscience de l’intelligence sidérante de la matière biblique comme farine de nos pensées et liant de notre cœur intérieur ? Comme cette Parole réduit finement nos résistances et nos pensées murées, sans les écrabouiller ? Comme elle affine nos pensées en lacets gracieux, comme elle sectionne la normalité de nos a priori en petites parts vivaces auxquelles Dieu viendra poser le geste habile, indicible et splendide qui révélera le goût, la saveur et l’identité vraie de chacun de nous.
Cette année que nous avons quittée il y a quelques mois fut une surprise totale, semée d’un ingrédient insoupçonné, déstabilisant, consternant, tenace et violent. Que va-t-on choisir, à partir de là ? Lutter, fuir, se boucher les oreilles, se masquer le nez et aussi les yeux, tant qu’on y est ? Ou faire face, être attentifs et sentinelles, engager notre réalité dans cette réalité à venir, avec l’audace, la fougue, le courage et l’humilité des prophètes. Avec cette épatante espérance, comme liant, comme matière : Le Seigneur est là, dira Ezékiel pour conclure. Trop bien, non ?





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